Démoussage de toiture : quand, comment, pièges à éviter
Mousse ou lichen sur vos tuiles ? Quand démousser le toit, les étapes d'un démoussage et pourquoi le nettoyeur haute pression abîme les tuiles.
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Sur beaucoup de toits du Tarn, c’est le même tableau. De la mousse verte entre les tuiles, des plaques grises ou jaunes, des traînées noires dans le sens de la pente. Et une partie de ce qui pousse là finit par abîmer la couverture.
Faut-il pour autant tout gratter au premier coussin vert ? Non. Un démoussage mal fait peut abîmer le toit plus que la mousse elle-même.
Mousse, lichen, traînées noires : qu’est-ce qui pousse sur votre toit ?
Un toit se colonise par étapes. Les premiers arrivés sont des bactéries et des algues, ce sont elles qui laissent les traînées sombres ou la teinte verdâtre. Elles salissent la tuile, rien de plus. Un nettoyage en vient à bout.
Les lichens suivent, en taches rondes grises, jaunes ou orangées, bien collées à la tuile. Puis la mousse s’installe en coussins verts, là où l’eau reste le plus longtemps.
Ces deux-là posent un vrai problème. Terreal, grand fabricant français de tuiles, l’écrit dans son guide d’entretien : à terme, lichens et mousses compromettent l’étanchéité du toit.
Pourquoi la mousse abîme une toiture
La mousse fait éponge. Longtemps après la pluie, elle tient encore l’eau contre la tuile. La terre cuite reste humide, vieillit plus vite, et l’eau peut finir par passer dessous.
En hiver, le gel s’en mêle. Une vieille tuile est plus poreuse, elle boit l’eau. Cette eau gèle, gonfle, et la tuile se fend ou s’effrite.
Il y a aussi les morceaux de mousse qui se détachent et descendent dans les gouttières. Mélangés aux feuilles, ils peuvent boucher les descentes, et l’eau déborde alors le long des murs. Notre article sur l’entretien des gouttières explique quoi vérifier.
Une tache est déjà apparue au plafond ? Alors le démoussage attendra. Lisez d’abord que faire en cas de fuite de toiture. Et si l’eau coule, c’est une urgence fuite de toiture.
Quand démousser son toit ?
Au printemps ou à l’automne. Terreal conseille d’éviter les fortes chaleurs et les jours de pluie, parce qu’une averse laverait l’anti-mousse avant qu’il ait agi.
La notice du produit donne une plage de température et un délai sans pluie après l’application, une douzaine d’heures pour certains. Lisez-la avant de commencer.
Côté fréquence, aucune règle sérieuse ne fixe de rythme. Un toit exposé au nord, sous de grands arbres, verdit bien plus vite qu’un toit en plein soleil. Le mieux est de regarder le vôtre une fois par an, en fin d’automne, quand les feuilles sont tombées et avant les gelées. Depuis le jardin, des jumelles suffisent souvent. Si la mousse a pris, voyez notre page nettoyage et traitement hydrofuge.
Comment se passe un démoussage ?
On parle ici des toits en tuiles. Un toit plat a d’autres besoins, voyez notre article sur l’étanchéité du toit-terrasse.
Des tuiles cassées, ou qui ont glissé ? Il faut d’abord les remplacer ou les remettre en place. Ça, c’est de la réparation de toiture, pas du démoussage.
Enlever la mousse sans abîmer la tuile
La mousse s’enlève d’abord à la main, à la brosse en chiendent ou au grattoir, toujours dans le sens de la pente. On peut compléter par un rinçage à basse pression, dirigé vers le bas. Certains professionnels passent aussi à la vapeur.
On veut ôter la mousse, pas décaper la tuile. Une vieille tuile, ça ne se frotte pas comme un carrelage.
Traiter avec un anti-mousse
Sur un toit très envahi, on pulvérise ensuite un anti-mousse. Ces produits sont des biocides, autrement dit ils tuent des êtres vivants. Leur vente est encadrée par un règlement européen et soumise à autorisation en France.
D’après les notices, l’anti-mousse ne se rince pas. Il agit lentement, et la mousse et les lichens morts partent ensuite avec les pluies, en quelques mois.
Pensez à ce qu’il y a en bas. Pendant plusieurs pluies, l’eau qui coule du toit emporte une partie du produit. Débranchez le récupérateur d’eau de pluie, protégez les plantes au pied des murs, et ne laissez rien filer vers une mare ou un ruisseau.
L’eau de Javel, oubliez-la : elle ternit la terre cuite.
L’hydrofuge : utile ou pas ?
Après un démoussage, on vous proposera souvent un hydrofuge. C’est un produit qui empêche l’eau d’entrer dans la tuile, pour qu’elle reste propre plus longtemps.
Sur la terre cuite, son intérêt se discute. Terreal recommande de ne pas en mettre sur ses tuiles, pas plus que de la peinture de toiture. Nous regardons votre tuile et nous vous disons, au cas par cas, si un hydrofuge sert à quelque chose. Si vous connaissez le fabricant de vos tuiles, voyez ce qu’il en dit avant d’accepter.
Méfiez-vous aussi des démarcheurs qui sonnent à la porte avec un traitement « miracle ». Le même fabricant met en garde contre des produits qui embellissent le toit sur le moment et aggravent son état ensuite.
Le nettoyeur haute pression, une fausse bonne idée
C’est la tentation du week-end : louer un nettoyeur haute pression et passer le toit au jet. Sur le coup, le résultat impressionne. Les ennuis arrivent après.
Le jet peut décaper la surface de la tuile et la rendre plus poreuse. Pointé vers le haut de la pente, il envoie l’eau sous la couverture. Et les tuiles qui ne sont pas fixées, il peut les soulever.
« Les jets d’eau à forte pression abîment considérablement les toitures », écrit le groupe Wienerberger, propriétaire de Terreal. Chez Terreal, un toit nettoyé de cette façon perd la garantie de ses tuiles.
Tuiles canal : le cas des toits du Tarn
Dans le Tarn, comme dans une bonne partie de l’ancienne région Midi-Pyrénées, la couverture traditionnelle, c’est la tuile canal. Une tuile creuse, en demi-cylindre. La première rangée, la tuile de courant, est posée creux vers le haut : c’est elle qui conduit l’eau. La seconde, la tuile de couvert, vient par-dessus, à l’envers, comme un chapeau.
Ces tuiles sont souvent posées à sec, sans mortier. Avec le temps elles glissent, et il faut les remettre en place régulièrement. La terre cuite supporte mal les chocs, et les vieilles tuiles, plus poreuses, craignent le gel.
Pour un démoussage, ça compte. Une tuile posée à sec bouge sous la brosse comme sous le jet, et chaque passage sur le toit peut en casser une. Les règles de pose des couvreurs (les DTU) limitent d’ailleurs la circulation sur une toiture au strict nécessaire, avec des échelles plates ou des planches pour répartir le poids.
Monter sur son toit : le vrai danger
En France, les chutes de hauteur sont la deuxième cause d’accident du travail mortel, derrière la route. Et ces chiffres parlent de professionnels, formés et équipés. Un particulier sur une échelle, sur des tuiles humides et pleines de mousse, n’a ni la formation ni l’équipement.
Si vous tenez quand même à le faire vous-même : jamais seul, jamais par temps humide ou venteux, jamais sans harnais attaché à un point solide. Sur un toit en forte pente, ou plus haut qu’un étage, laissez la place à un couvreur équipé.
Ce qu’il vaut mieux éviter
- Le nettoyeur haute pression, et encore moins pointé vers le haut de la pente.
- L’eau de Javel et tous les produits chlorés.
- Un hydrofuge ou une peinture de toit sans l’avis du fabricant des tuiles.
- Traiter juste avant la pluie, en plein soleil ou quand il gèle.
- Laisser le récupérateur d’eau de pluie branché pendant et après le traitement.
- Marcher sur les tuiles sans planche ni protection contre la chute.
- Signer quoi que ce soit sur le pas de la porte avec un démarcheur.